Anne Marie HAGEN (compagne de Gustave CAILLEBOTTE)

Il y a 100 ans, jour pour jour, le 20 novembre 1925, Anne Marie HAGEN, dite Charlotte BERTHIER, est décédée.

Pourquoi des recherches sur Anne Marie HAGEN ?

À mes 20 ans, je vis entre Montmartre, le 15e et le 16ème… Je passe des heures aux musées d’Orsay et Marmottan. Les toiles impressionnistes m’attirent… Ainsi que les patronymes à consonnance germanique… Il y a presque 3 ans, je lis un article sur Gustave CAILLEBOTTE, et là, j’y trouve un mystère qui dure depuis plus d’un siècle.

En 1894, à son décès, Gustave CAILLEBOTTE lègue la maison du Petit Gennevilliers et une rente viagère à Charlotte BERTHIER, avec qui il vit depuis plusieurs années.

Le couple n’est pas marié, n’a pas d’enfant.

Il est mention d’une vente de la maison en 1903, un départ pour Monaco… Puis plus rien… La date et lieu de son décès de Charlotte BERTHIER restent un mystère pendant plus d’un siècle… Jusqu’à aujourd’hui ! Enfin… c’est mon petit secret depuis presque 8 mois. Il m’a fallu un peu plus de deux ans pour retrouver sa trace et puisqu’il s’agissait de l’année centenaire, je me suis dis que je pouvais attendre quelques mois avant de publier l’article.

Anne Marie HAGEN dite Charlotte BERTHIER

Les spécialistes de Gustave CAILLEBOTTE le sauront, Charlotte BERTHIER n’est qu’un pseudonyme. Les « artistes » de ces années-là en ont souvent un, inspiré du nom d’une ancienne « artistes » ou encore héroïne de livre ou d’une pièce de théâtre.

C’est au moment de la succession de Gustave CAILLEBOTTE que nous en apprenons un peu plus sur son identité. Elle signe la succession « C. Hagen dit Berthier » mais Charlotte reste un prénom d’emprunt.

Son vrai nom apparaît dans le document ainsi que sa date et son lieu de naissance :

Anne Marie HAGEN est née le 12 octobre 1858 à Paris Xe. Sa naissance fait partie des actes reconstitués de l’état civil parisien. Il est alors assez facile de recomposer sa famille.

La famille de Anne Marie HAGEN

Nicolas HAGEN naît le 28 décembre 1819 à Malling en Moselle. Il est gendarme de la Garde Impériale, ce qui vaudra à la famille d’habiter un temps certain à la caserne du Louvre, rue de Rivoli. En 1872, il opte français.

Il épouse le 18 avril 1857 à Paris, Angélique WEBER, née le 27 juillet 1833 à Berg en Meurthe et Moselle. Il n’est pas retrouvé de retour en Lorraine pour ce couple qui s’établit à Paris jusqu’à leur décès respectif. Nicolas décès à son domicile, 6 rue Edouard Detaille (17ème) le 9 avril 1896. Angélique vit alors déjà au 161 rue de Charonne qui est l’adresse de la maison de santé de Jacques Belhomme. Elle y décède le 3 janvier 1924. Le couple est est inhumé au cimetière des Batignolles, caveau chemin de l’est, « 12 – 10 – 9 ».

Des enfants naissent de l’union. Des filles, principalement…

Marguerite

Marguerite naît le 16 août 1855 à Paris Xe. Elle épouse Henri René Germain FAURE le 26 octobre 1893 à Paris 9e. Le couple habite alors au 83 rue Blanche à Paris. FAURE semble être déjà proche de la famille puisqu’en avril 1892, il est l’un des témoins au mariage de sa belle-soeur, Anna, et vit au 39 boulevard de la Chapelle. Le couple n’aura pas d’enfants. FAURE a déjà une fille naturelle d’une veuve, débitante de tabac. Il décède le 25 décembre 1902 à Nice, à l’hôtel des étrangers. Son domicile est noté Courbevoie. Par la suite, nous retrouvons Marguerite sur les recensements parisiens. En 1926, Marguerite FAURE est couturière et est domiciliée au 25 rue de l’arcade dans le 8e arrondissement. En 1931, elle est domiciliée à l’hôpital Debrousse dans le 20e. Elle y reste jusqu’à son décès le 1er novembre 1940.

Charles Nicolas

Charles Nicolas naît le 29 septembre 1856 à Paris Xe. Il est noté légitimé lors du mariage de ses parents. Il est décédé le 19 février 1859, âgé de 28 mois, et inhumé le 20 au cimetière de Montparnasse (14ème).

Anne Marie

Anne Marie est notre « héroïne ». Nicolas, son père, demande la reconstitution de son acte de naissance le 12 mars 1873. Il est alors indiqué « homme de peine » et demeure 27 rue Vieille du Temple à Paris. Il y a ensuite peu d’informations, si ce n’est qu’elle est liée à Gustave CAILLEBOTTE. Au moment de la succession, elle vit au 11 boulevard de la chapelle à Paris.(Rappelons que son beau frère FAURE vivait au 39 boulevard de la Chapelle en avril 1892). Par la suite, je ne la trouve sur aucun recensement… ni au Petit Gennevilliers où il semblerait qu’elle ait loué la maison.

Son beau-frère FAURE est inhumé le 2 février 1903 à Paris et elle vend, semble-t-il, la maison le 14 février. Y a-t-il eu un besoin d’argent ?

Le fait que nous ne la trouvions pas sur les recensements ni annuaires (Nice, villages autour, Monaco, ou autres) peut faire penser qu’elle est remontée sur Paris, proche de sa famille et des quartiers qu’elle connaissait.

Avant de parler de son décès, continuons la fratrie….

Marie Clémence

Marie Clémence naît le 4 décembre 1860 à Paris, à la caserne du Louvre. Il n’y a pas plus d’information sur cette enfant mais il est probable que nous la retrouvions sous les prénoms de Clémence « Blanche« . Cette dernière serait née vers 1862 selon son acte de décès mais la naissance est introuvable. Couturière, Clémence « Blanche » meurt célibataire à 24 ans le 19 juillet 1886 au 41 rue Trévise à Paris. Elle est inhumée au cimetière de Saint Ouen (sous HAGEN Clément), 14ème division, 7ème ligne, n°16. La concession est renouvelée à plusieurs reprises en 1892, 1897 et 1904.

Anna

Anna est la soeur qui m’a le plus fait douter. Elle naît le 16 mars 1863 à la caserne du Louvre toujours. Le 2 avril 1892 à Paris, elle épouse Frédéric John William COCKSEDGE, négociant. Des voyages, il y a en aura… De nombreuses traversées de l’Atlantique en 1ère classe, entre 1893 et 1907.

Étonnamment, lors de ces voyages, le prénom est « Anna M. » « A.M. » « Anne M ». Vint un moment où je crus même que ces deux soeurs avaient pu échanger leur identité… 1863 pouvant correspondre aux quinze années de différence parfois évoquées entre Gustave et Charlotte…

Sans enfant, Anna meurt le 3 juin 1909 à Paris dans le 16ème arrondissement, au 31 rue Théry. Elle est inhumée au cimetière des Batignolles, dans le caveau « familial ». Une succession existe mais je n’ai pas eu la possibilité d’y accéder.

Son mari se remarie un an plus tard, est naturalisé français en 1923 et meurt en 1930 à Maisons-Laffitte.

Angélique

Angélique dite « Angèle » naît le 11 juin 1865 à Paris à la caserne du Louvre. Célibataire, couturière, le schéma familial se reproduit. Toutefois, il existe un différend avec sa soeur Marguerite qui engage une procédure qui aboutit à une interdiction de commerce d’Angèle.

Il est possible qu’Angèle n’ait pas eu toute sa tête puisqu’il y a eu internement, selon la déclaration de succession d’Anne Marie. Elle décède le 6 décembre 1940 à Neuilly sur Marne, à Maison Blanche (selon les époques, asile, hôpital psychiatrique,…). À son décès, aucune famille n’est indiquée. Il n’y a ni succession, ni actif. C’était la dernière encore vivante de la fratrie.

Casimir

Casimir, le seul fils vivant et dernier enfant du couple, naît le 9 février 1867, encore une fois, à la caserne de Louvre. Plusieurs métiers à son actif, il vit plutôt du côté d’Asnières. Il est père d’un fils naturel, Casimir Louis, né en 1904 à Asnières, dont la mère est Louise Pauline DUPUY. Casimir décède le 17 décembre 1912 à l’hôpital Beaujon. Son domicilié indiqué est à Asnières, au 6 place de l’asile.

Casimir Louis, son fils, aura une fille : Jacqueline Louise 1929-2021. Une descendance existe. C’est l’unique descendance du couple HAGEN-WEBER.

En avril 1892, il est l’un des témoins du mariage de sa soeur Anna et vit avec ses parents rue de Douai. En novembre 1894, une condamnation (outrages à agents, ivresse) est notée dans son registre matricule. Il ne semble plus

Le décès d’Anne Marie HAGEN dite Charlotte BERTHIER

Il aura fallu un peu plus de deux années de recherches, sur sa famille, de Paris à Monaco mais c’est finalement en région parisienne que j’ai trouvé le décès d’Anne Marie.

Voici son acte de décès à Epinay sur Seine :

Acte n°187 p40/48 – Archives de Seine Saint Denis

Elle est célibataire et a pour domicile le 8 avenue de la République. Elle était âgée de 67 ans.

Une publicité de l’époque sur cette adresse… Avait-elle une addiction, était-elle fragile nerveusement ?

Le déclarant, Ernest Louis CHEVALIER, n’est pas lié à Anne Marie. Il s’agit d’un employé des Pompes Funèbres (selon recensement à Paris en 1926). 100 ans après, l’adresse où il est employé correspond toujours à des Pompes Funèbres.

Il ne semble pas y avoir eu d’avis de décès. Le relevé de son décès se trouve dans le Journal de Saint Denis du 28 novembre.

Journal de Saint Denis du 28/11/1925 p3/4

Sa succession

Un inventaire, une vente de meubles… C’est aux archives de Seine Saint Denis… Et les AD93 font vraiment un travail remarquable puisque j’ai obtenu la déclaration de succession à distance.

TSA : Saint Ouen – n°58 p 89/185

Sans surprise, les seules héritières sont ses deux soeurs encore vivantes :

  • Marguerite, veuve FAURE, domiciliée rue de l’Arcade n°25 à Paris,
  • Angélique, dite « Adèle », dernier domicile rue de Chazelles n°41, internée à la maison de santé de M. le Docteur Meuriot à Paris, 161 rue de Charonne (conseil de famille et jugement pour la mise sous tutelle en 1924).

Déclaration de succession – Document transmis par les AD93

Rien qui ne pourrait nous amener un faire un lien avec Gustave CAILLEBOTTE. La vente de divers objets mobiliers aurait eu lieu vers juin 1926. Existerait-il une liste… quelque part… ?

Le mardi 8 juin 1926, AUBOYER est bien sur une vente à l’hôtel Drouot mais sans précision, sans catalogue, il est impossible de savoir si la vente correspond au décès d’Anne Marie HAGEN. Les semaines précédentes, AUBOYER est sur des ventes semblables.

Vente du 8 juin 1926 à l’Hôtel Drouot
Vente du 5 mai 1926 à l’Hôtel Drouot

Sa tombe ?

Même si je n’ai encore rien trouvé en ce sens dans les inhumations parisiennes, nous pouvons imaginer qu’elle a été enterrée dans le caveau familial avec ses parents et ses soeurs, Marguerite et Anna… Dans tous les cas, ce caveau n’est plus présent puisqu’il a été rendu le 05/07/2006…

Ou peut-être a-t-elle été inhumée dans un cimetière proche, au nord de Paris ? …

4 commentaires

  1. Comme Anne Distel, je vous félicite pour cette trouvaille après laquelle j’ai longtemps couru. Auteur d’une biographie de Caillebotte parue en 2024 (Caillebotte, la peinture est un jeu sérieux, Norma éd.) j’aimerais beaucoup échanger avec vous. Ecrivez-moi? Bien à vous. Amaury

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